Le guerrier pacifique

ou le combat contre l’oubli de Soi

Le serpent venimeux

indian_cobra_02

Ramana Maharshi, un Maître éveillé hindou mort en  1950, avait l’habitude de méditer dehors, sous les arbres, parfois avec ses disciples.

Un jour qu’il méditait ainsi en groupe, un  serpent venimeux est sorti du fourré près duquel était assis Ramana, en position de méditation.

Horrifiés, les disciples virent le serpent glisser vers leur Maître, escalader sa cuisse, et repartir de l’autre côté pour disparaître dans un buisson. Pas un instant, Ramana ne broncha.

Une fois le serpent parti, les disciples, revenu du choc, demandèrent à Ramana :

« Maître! Qu’avez-vous ressenti lorsque le serpent a glissé sur vous? »

Et Ramana de répondre :

« Une agréable sensation de fraîcheur ».

J’aime beaucoup cette histoire qui m’a été racontée par un instructeur hindou, (et que je retranscris de mémoire) parce que je suis émerveillée par l’attitude du Maître qui est totalement et absolument dans la Réalité, hors de tout filtre mental.

Les disciples, comme la plupart d’entre nous, n’ont pas vu le serpent, mais l’image mentale de cet animal associée avec des pensées de venin, de danger, de morsure mortelle, etc… et cela a provoqué en eux des émotions de peur et d’angoisse.

L’être éveillé, lui, n’a rien projeté, imaginé, supposé…

Il a simplement été le témoin de ce qui se passait et c’est ce qu’il a décrit : l’impression de fraîcheur qu’on ressent lorsqu’on touche un animal à sang froid comme un serpent.

Et en conséquence, il est resté dans une paix absolue, qui a sans doute été ressentie par l’animal.

C’est un exemple de ce qu’est la véritable méditation : une attitude intérieure d’observation aigüe et détachée de ce qui est, qu’on peut développer en position immobile du lotus pendant un certain temps, mais qui en réalité est un état d’être qui peut se prolonger dans la vie quotidienne.

Ce que les hindous appellent « l’état naturel ».

8 commentaires »

  Yaacov wrote @

Magnifique histoire !
Elle me fait un bien fou car depuis quelques jours je suis embourbé. Mon affectif déborde et mon mental en profite pour tourner à plein régime. Plus rien n’est vu, tout est associé.
J’en suis à avoir peur d’un serpent qui n’est en réalité qu’un baton de bois. Mais même si mon intellecte comprend que ce n’est qu’un baton, mon coeur est affolé.

Merci encore, je sens qu’elle va beaucoup m’aider.

  dieuautrement wrote @

Je le souhaite de tout coeur.

Quant à moi, quand je me sens « embourbée », je m’offre un petit « cocooning spirituel », qui m’aide à remettre les choses en place et à comprendre ce qui est en train de ce passer à l’intérieur de moi…

(voir catégorie « Entraînements » sur ce blog)

« Pour résoudre un problème, il faut s’élever au-dessus de lui » dit Guy Finley.

En effet, tous nos problèmes, difficultés et souffrances se trouvent dans le mental.

Je te souhaite plein de Lumière, de Puissance et d’Amour pour t’hélitreuiller au-dessus de l’Ombre vers le Soleil.

Avec amour,
Lénah

  Yaacov wrote @

Merci pour ton soutien, il m’est d’un réel réconfort.
Une fois de plus l’épreuve étant passée et D.ieu merci elle est passée on s’aperçoit de la richesse de son enseignement.

A chaque fois que l’on souffre, une attente est dissimulée derrière.
A chaque fois, c’est que « je me prend pour quelqu’un » et forcément je suis déçu.

Cette épreuve me montre combien mon ego s’approprie mon travail spirituel.
Elle me montre combien mes blessures d’enfances ont encore prise sur mon comportement et sont à la base de tout mon fonctionnement.

Cette épreuve me montre combien je me sens séparé.
Elle me montre combien tout les enseignements ne sont pas incarnés mais simplement intellectuellement compris.

Elle me montre combien, un chemin spirituel ne peut être suivi sans aide et sans un travail psychologique sérieux.

Quand tout va bien, la vitesse de compréhension est si réduite.
Pourquoi me faut-il encore des coups pour avancer ?
Pourquoi ai-je besoin de la douleur pour me rendre conscient ?

Je remercie cette épreuve, et ceux qui me l’ont apporté.
Une fois passé, je peux le faire.
Mais j’ai vu combien pendant, je m’identifie à ce que je vie et combien pendant l’épreuve toute mes belles phrases me sont inutiles.

Merci Lénah car lorsque tu écris le mot Amour, je le sens.

  dieuautrement wrote @

Cher Yaacov,

Le premier pas vers la liberté – et une caractéristique du guerrier pacifique – c’est l’honnêteté, en commençant avec la plus essentielle : l’honnêteté avec soi-même.

Merci pour ton partage honnête et sincère.
Il me touche d’autant plus qu’il me décrit aussi!

Il m’a fallu bien des années à me prendre pour une victime et à en souffrir avant de comprendre que tout était bénédiction, cadeau.

Même si certains cadeaux sont moins évidents que d’autres…

Beaucoup de temps aussi, pour accepter et réaliser que c’était MOI – mon âme – qui avait créé chacune de ces épreuves afin de me donner l’opportunité de grandir en conscience.

Dans ce que tu racontes ici, il me semble évident, par la compréhension de ce que tu as vu en toi, que ce but a été atteint lors de cette « épreuve ».

J’ai été prise au piège de l’ego spirituel pendant des années et le jour où je m’en suis rendue compte, ça a été un gros choc mais aussi une libération.

J’ai eu l’impression de revenir tout au début du chemin, comme il y a vingt ans, mais c’était vraiment le début du chemin. Je me sens comme un petit bébé qui fait tout juste ses premiers pas.

Parce que tant qu’on est identifié au chercheur spirituel, tant qu’on assimile à tort notre évolution spirituelle à nos connaissances et compréhensions spirituelles NON VECUES, on se leurre totalement, et donc on ne peut pas avancer.

Il faut souvent une épreuve dans notre vie, comme tu l’as vécue, pour – si on est prêt à être vraiment honnête avec soi-même – mesurer ce qui a été effectivement compris avec le coeur, vécu, réalisé.

Et quand cette mesure nous montre une réalisation spirituelle beaucoup moins grandiose que l’ego voulait le croire, ça le remet à sa place, et c’est une grâce, une bénédiction essentielle, comme ce que tu as connu.

Car à présent le véritable chemin peut commencer.

« Pourquoi ai-je besoin de la douleur pour me rendre conscient ? »

Je dirai que la réponse est dans ta question. La douleur est là pour nous réveiller. Nous rendre attentif, vigilant, humble.
Donc, logiquement, si on choisit d’être attentif, vigilant, humble, on n’aura plus besoin de douleur pour être conscient.
L’autre point, c’est que toute souffrance vient d’une pensée fausse, une croyance profonde erronée.

A présent que j’ai compris cela, chaque fois que je souffre, c’est comme un voyant rouge qui s’allume sur mon tableau de bord. Je sais qu’il y a là quelque part dans mon moteur une pièce abîmée, une pensée racine fausse qui a créé cette souffrance.

La souffrance devient alors un maître, une indication, une aide pour le travail intérieur.

Que la Paix soit avec toi!
Lénah

  Yaacov wrote @

Comme le répète souvent un viel ami, « il y a un chemin qui mène au chemin ».

Lors d’une des dernières méditations, une voix m’a dit « lorsque tu auras tout perdu, tu auras tout gagné ».
Intellectuellement Accepter de tout perdre c’est limiter l’influence de mon ego sur ma « vie ». En théorie c’est beau, en pratique terrifiant.

Merci Lénah, d’avoir pris le temps de me lire et d’écouter.
Biz

  dieuautrement wrote @

“il y a un chemin qui mène au chemin”.
Très juste, j’aime beaucoup, merci.

Il n’y a effectivement aucune tristesse ou culpabilité à vivre tout cela, car cela fait aussi partie du chemin… qui mène au chemin.

J’ai bien aimé aussi quand tu as dis : » derrière la souffrance, il y a toujours une attente ». J’y ai réfléchi est c’est très juste, car le bonheur, la paix, c’est accepter tout ce qui est.

Ramana Maharshi a dit : » A un certain moment, il faudra oublier tout ce qui a été appris. »
Comme le chanteur doit oublier ses vocalises et ses partitions, nécessaires au début, pour chanter avec son coeur.

L’ego est fabriqué avec toutes nos opinions, croyances, connaissances, et la pensée puissante et récurrente : « c’est moi », « c’est à moi ».
Toutes les abandonner est une forme de mort.
Mais c’est l’ego qui a peur de mourir, pas nous. Pas Qui Nous Sommes vraiment.
C’est parce que nous sommes identifiés à l’ego que nous avons peur.

La bonne nouvelle, c’est que derrière cette fausse personnalité à laquelle nous tenons tant, il y a quelque chose de si Lumineux, si Libre et Joyeux, qu’il suffit d’y goûter une fois, même un seul instant, pour commencer à se dire que ça vaut vraiment pas le coup de s’accrocher.

Nous sommes comme un oiseau agrippé aux barreaux dorés de sa cage dont la porte est grande ouverte.

Plein de Lumière pour toi,
lénah

  Yaacov wrote @

Une très belle image que cet oiseau.

Difficile de comprendre que nous sommes libre, toujours et qu’il ne tient qu’à nous de déployer nos ailes.

Mais cette cage est si confortable, si habituelle, si connue qu’elle est notre sécurité. On s’y accroche mais on s’y sent mal.

Je réalise que mon ego n’existe que pour me protéger de mes peurs. Des peurs qui s’appuient sur des pensées éronées et si vielles que j’ai construit ma personalité sur sa fondation.
A chaque fois que je suis dans un rôle, je m’apercois que je suis entrain de défendre quelque chose et c’est le plus souvent une image de moi.
Et les seules moments pendant lesquels je ne suis pas dans un rôle c’est lorsque je suis seul ( et encore, je peux jouer tout seul ^^).

Le silence et la solitude sont deux états difficiles à traverser mais je ne vois pas comment entrer en contact avec mon moi profond sans passer par eux. Si tu as des idées, je suis preneur.

C’est une véritable métamorphose qui me semble nécessaire désormais, non plus seulement un changement de point de vue.

La métamorphose est la mort, c’est d’ailleurs ce que la mort représente la plupart du temps dans le tarot (arcane 13) ; la transformation.

Amitié

  dieuautrement wrote @

Cher Yaacov,

Merci pour tes commentaires très lucides, que j’apprécie beaucoup et qui m’apportent à chaque fois, car ils mettent en mots des choses que j’ai vécu.

On raconte qu’en Inde, les soigneurs attachent les pieds des jeunes éléphants dont ils ont la charge, avec une chaîne d’une certaine longueur.
L’animal apprend ainsi très tôt qu’il ne peut pas avancer plus loin qu’une certaine distance.
Au bout de quelques années, les soigneurs n’ont plus besoin de mettre ses chaînes aux pieds de leurs bêtes.
L’animal se limite lui-même, par conditionnement.
Il est libre, mais il a accepté la croyance – sans la remettre en question – qu’il ne peut pas avancer plus loin.

Conversations avec Dieu dit que nous vivons actuellement l’expérience inconsciente de notre Union avec Dieu, et que le chemin, c’est de vivre c’est expérience CONSCIEMMENT.

Nous sommes libres, oui, mais nous ne le croyons pas, nous n’en sommes pas conscient.

Parce que nous nous identifions à un corps limité et périssable, à un mental indomptable et dominé par la peur, et à des émotions que nous ne comprenons pas.

Le film « Jonathan Livingstone le Goëland » m’a aidée à comprendre cela. L’as-tu vu? Ou lu le livre?

Je ne dirai pas que l’ego nous protège de nos peurs. Je dirai plutôt que c’est LUI qui les créé.
Pourquoi? Parce que l’ego est le sens de la séparation, et que la source de toute peur est le manque et la séparation.

L’ego est comme une super- structure hétéroclite composée de briques de Lego, chacune étant une pensée, un souvenir, une opinion, etc…avec une pensée plus puissante que toutes les autres, au coeur de cette structure, qui dit : Je suis cela.

Joko Beck l’explique très bien dans un extrait d’un de ses livres, sur ce blog.(voir Paroles de Guerriers)

Mais c’est tout a fait vrai que notre personnalité, ou plutôt notre fausse personnalité, est construite de toutes ces petites briques.

C’est une grâce d’avoir pris conscience qu’on joue un rôle. Ce rôle n’est pas le tien, mais celui de l’ego.

Conversations avec Dieu dit que le nœud de l’ignorance et de la souffrance vient d’une usurpation d’identité.

Le silence et la solitude semblent te peser mais ce qui les rend difficiles à vivre, c’est justement l’ego pour qui l’inaction et l’absence d’interaction sont insupportables, l’empêchant de se fabriquer des petites briques.

Observer ses manigances, ses peurs, ses désirs, dans ce silence et cette solitude qu’on peut trouver dans la méditation, est un passage incontournable, pour moi.

C’est la méditation – bien comprise – qui nous permet de commencer à observer comment fonctionne l’ego, observer ce qui se passe en nous.
En observant, forcément, on commence à prendre de la distance, puisqu’il y a l’observateur et le sujet observé.

Je me souviens qu’au début, quand j’ai commencé à méditer et qu’on me disait « d’observer mes pensées », je ne comprenais pas, je n’y arrivai pas tellement j’étais « collée » au pensées. Il n’y avait aucune distance, aucun espace. L’identification était totale.

Mais plus on va rester à l’écoute, attentif, plus on va voir et comprendre ce qui se passe, plus cette distance va augmenter, on point de commencer à lâcher-prise, lâcher les barreaux de la cage. La dictature de l’ego va baisser. Il sera toujours là, mais il nous fera rigoler.

Et c’est cette distance, ce détachement de l’ego, qui jusqu’ici absorbait la plus grande partie de notre attention, qui va nous aider à commencer à prendre conscience que derrière l’ego, il y a autre chose.
Il y a une Présence, une Lumière, une Paix, une Joie, une Liberté infinie.

On commence à déguster la saveur incomparable de l’instant Présent, la béatitude d’être là, simplement.

C’est alors qu’on commence à entrer en contact avec notre Véritable Soi.

Mais ceci dit, le contact avec Soi ne passe pas obligatoirement par la méditation. Cela m’est arrivé en plein jogging. J’ai lu le témoignage d’une personne qui l’a vécu en plein orgasme.

Mais la méditation est pour moi un instant privilégié, comme un entraînement dans des circonstances idéales. C’est pourquoi il ne faut pas bouger, par exemple. Car sinon on se prive d’expériences intérieures face au désir de bouger.

La métamorphose est une belle image. C’est la mort nécessaire de la chenille pour qu’elle devienne papillon.
Mais je pense que c’est le changement de point de vue qui déclenche la métamorphose.

Car ce sont nos pensées, ce que nous croyons, qui nous maintiennent dans l’ignorance. Les chaînes de l »éléphant.

Cependant c’est vrai que la métamorphose se situe au-delà des pensées, nous renaissons quand nous nous enracinons dans notre Véritable Nature, qui est au-delà des pensées.

La clé, pour moi, c’est de me rappeler que pour trouver la Vérité, il n’y a rien à apprendre, rien à chercher, rien à rajouter.

Juste à enlever.

Nous sommes la Vérité voilée par l’ego et les pensées fausses.

Bonne route vers Toi-même,
Avec amour,
Lénah


Votre commentaire

HTML-Tags:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <pre> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>